J’entends souvent que le BTP et l’immobilier figurent parmi les derniers secteurs à effectuer leur transition numérique avec le déploiement du BIM. Mais qu’est-ce que le BIM ? Une simple question de logiciels et d’informatique ?


Avec ses 6 % du PIB mondial (1) et ses 7 % de la main-d’œuvre planétaire, le BTP est un des secteurs-clés ! Ceci étant, si l’économie mondiale a vu sa productivité s’améliorer de plus de 70 % depuis vingt ans (2), le bâtiment, lui,  n’a connu aucune amélioration sur cette même période.

Traditionnellement, le secteur de la construction est un univers où les corps d’état ont l’habitude de travailler de façon séquentielle, les uns à la suite des autres. En France, ce travail cloisonné est renforcé par la loi MOP qui s’applique pour les marchés publics. Comment le BIM est-il en train de bouleverser ces pratiques ?

« Bâtiment Informations Modélisées »

Médiaconstruct (3), l’association qui promeut en France la diffusion d’un BIM « ouvert et interopérable », définit ainsi l’acronyme BIM : « Bâtiment Informations Modélisées ». On notera que ce sont les informations qui sont modélisées, et non le « Bâtiment » ! En effet, c’est sur la qualité du traitement de l’information (collecte, validation, traitement) que se mesure la qualité d’un projet BIM. Le BIM(4) s’applique également aux infrastructures, VRD et Ouvrages d’art ; il concerne toute la chaine de fabrication, de la programmation à la (future) déconstruction, en passant par la conception, la réalisation et l’exploitation-maintenance.

 

Le BIM : une méthode de travail reposant  avant tout sur le travail collaboratif 

Le BIM va bien au-delà de la simple représentation 3D (maquette numérique) d’un projet. De par l’utilisation de solutions informatiques pour l’échange de données, le BIM implique la production de données structurées. Afin que  toutes les parties prenantes travaillent ensemble de façon optimale et que le résultat soit pertinent, il convient de préciser dans la convention BIM (ou protocole BIM), les points les plus essentiels liés à la collaboration et la modélisation du projet BIM : l’organisation du projet, son niveau, ses objectifs, les livrables, les tâches, rôles et responsabilités de chacun des intervenants du projet… Il est important de définir qui renseigne quoi et quand : c’est la richesse de l’information contenue dans le projet BIM qui en garantira sa plus-value. Puisque le BTP apprend à travailler en mode « projet collaboratif » et « en ingénierie simultanée », le BIM vient imposer une méthode de travail fondée sur le travail collaboratif autour de la représentation 3D du projet et de la base de données (informations) du projet.

Pour ce faire, les technologies de communication (Fibre, ADSL, 4G) et les logiciels facilitent les échanges au sein de l’équipe de maitrise d’œuvre. 

Le BIM apporte donc de nouveaux usages pour harmoniser ces échanges et décloisonner le projet.

Par exemple, un mur de bâtiment est redessiné entre 5 et 17 fois tout au long d’un projet mené en méthode traditionnelle. A l’inverse, dans un projet BIM, un mur est représenté par un simple trait en phase Esquisse, puis enrichi au cours des différentes étapes. Au final, le mur sera représenté TQC (« Tel Que Construit » ou « as built »), avec toutes ses caractéristiques, dans le DOE numérique.

Par conséquent, le BIM permet de construire en virtuel, avant de construire en réel. En effet, les différents Bureaux d’Etudes Techniques et l’architecte vont créer un avatar informatique du futur bâtiment, en assemblant les maquettes de chacun : un seul et unique fichier se construit en empilant les maquettes de l’architecte, de la structure, des réseaux…

 

Construire en virtuel avant de construire en réel

courbes patrick macleamy

 

Outre une meilleure communication entre les acteurs, le principal bénéfice d’un projet BIM en phases Conception et Réalisation, réside dans la détection des problèmes sur l’avatar (maquette numérique) du futur bâtiment. Plus un problème est détecté en amont et moins sa résolution est coûteuse : il est plus facile et plus économique de déplacer un mur porteur sur un fichier informatique, que de le détruire au marteau-piqueur pour le reconstruire quelques centimètres plus loin… La courbe de Patrick Mac Leamy(4) illustre parfaitement que plus le projet avance, moins il est facile de le modifier et plus les coûts des modifications augmentent ! De même, dans le cas d’un projet classique, l’essentiel des efforts est fourni durant la phase d’exécution. A contrario, l’approche collaborative intégrée du BIM vise à transférer la majeure partie de ces efforts en amont…

Aujourd’hui, à l’image du Groupe Valentin(5), quelques entreprises générales ont intégré les bénéfices du BIM dans leurs offres, pour la plus grande satisfaction de leurs clients !

 

Au-delà des aspects informatiques, des compétences, des hommes et des femmes

Au-delà de la simple digitalisation qui permet d’améliorer la productivité des projets BIM, il existe des équipes BIM créées par complémentarité de compétences afin de gagner ensemble des affaires. L’exemple que je connais le mieux est celui qui regroupe des sociétés et des professionnels aux compétences diverses travaillant sur le nouveau site industriel de PSA actuellement en construction à Kénitra, au sud de Casablanca : sous la conduite de BIMsky(6), plusieurs sociétés regroupant des compétences diverses comme le BIM Management, la formation, les études techniques et le scan 3D coopèrent autour de la plateforme collaborative AxeoBIM(7). La plateforme collaborative d’échanges des données BIM est l’élément central de tout projet BIM, car utilisée et partagée par tous les acteurs. Aussi, au moment du choix de cet outil, il est important de faire attention aux critères suivants :     

  • Une solution 100% compatible OpenBIM et Revit® (logiciel BIM le plus utilisé)
  • Une visionneuse intégrée pour les formats les plus courants (IFC, RVT, NWD mais aussi DWG et DXF pour les plans d’exécution)
  • Une gestion centralisée des BCF(8) pour un réel travail collaboratif
  • Une gestion fine des droits d’accès, par acteur et par groupe
  • L’ergonomie et sa facilité de prise en main
  • L’hébergement des données (lieu, propriété, sécurité, sauvegarde)
  • La qualité de service, avec des équipes « humaines » qui assurent l’accompagnement et le support

En fonction de l’organisation du projet, d’autres éléments doivent être pris en compte, comme par exemple, les possibilités de personnalisation : circuit de validation, charte graphique de l’entreprise…

Enfin, si l’équipe travaille avec Revit®, il faut également s’assurer que la plateforme puisse être connectée directement à Revit®, que ce soit pour gagner et fiabiliser les exports d’une part, mais aussi pour pouvoir travailler avec un fichier central Revit® partagé.

La révolution du BIM est aujourd’hui lancée. Les bénéfices du BIM sont tels que tous les acteurs sont concernés.

Finalement, les questions qui se posent sont :

  • Est-ce que le BIM est une innovation technologique qui est à l’origine d’une innovation plus importante, à savoir la refonte des processus de management de projets dans le BTP ?
  • Ou est-ce que les besoins en évolutions des pratiques dans le BTP sont à l’origine d’une innovation d’usage elle-même à l’origine d’une innovation technologique ?

Quelle que soit la réponse, à l’image de ce que l’aéronautique à connu il y a 30 ans et l’automobile il y a 20 ans, le BIM révolutionne les missions et les pratiques managériales qui impactent l’ensemble des professionnels du secteur…


Un article rédigé par Patrick Lahaye,

Directeur commercial d’Axxone System, pour le Magazine "Interface" n°130 - Innovation dans la construction - 2017


Sources :